La question de la violence a accompagné la naissance de la sociologie des mouvements sociaux.
Isabelle Sommier, politiste
Les radicalités violentes regroupent des idéologies, des mouvements et des univers militants qui légitiment l’usage de la violence physique, symbolique ou structurelle au nom d’une cause perçue comme supérieure. Elles se déclinent dans des registres idéologiques très divers – religieux ou politiques – et s’inscrivent dans des histoires, des territoires et des mémoires spécifiques.
Qu’il s’agisse d’islamisme, d’ultra-droite, d’ultra-gauche, de nationalismes séparatistes ou de formes émergentes comme les masculinismes violents ou l’écologie radicale, ces radicalités ne partagent pas un contenu doctrinal mais ont parfois en commun un rapport conflictuel au monde social et aux institutions. Contre la norme, elles produisent leurs lexiques, leurs figures héroïques, leurs récits de légitimation et leurs frontières morales. Les appréhender suppose d’éviter toute homogénéisation de ces radicalités. Ainsi, les violences d’ultra droite sont majoritairement motivées par l’altérophobie des acteurs (antisémitisme, islamophobie, racisme etc.). Ce sentiment n’est pas forcément toujours absent d’un nationalisme séparatiste, mais l’abertzalisme, c’est-à-dire l'idéologie nationaliste révolutionnaire développée par le Mouvement de Libération National Basque, puise à la fois dans le socialisme révolutionnaire et dans le nationalisme séparatiste.
Il est ainsi nécessaire de prendre en considération de manière conjointe la diversité des causes, des modes d’organisation et de leurs possibles évolutions, des degrés de violence, ainsi que de leurs circulations transnationales et de leurs hybridations contemporaines.
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Islamisme
À partir des années 1990, probablement avec la crise du Golfe et l'invasion du Koweït par Saddam Hussein, on observe la mise en place par l'Arabie Saoudite d'une politique très agressive sur le plan religieux.
Bernard Rougier, politiste
Comprendre l’islamisme, implique de s’acclimater à un certain nombre de notions. Cette idéologie est souvent désignée comme un « fondamentalisme », soit un terme qui, originellement, désignait la lecture stricte et littérale des textes religieux par les protestants américains… De même, l’expression courante d’« intégrisme » renvoyait au départ aux catholiques européens critiques de la modernisation de l’Église à la fin du XIXe siècle.
L’ouvrage d’Isabelle Sommier, Xavier Crettiez et François Audigier dir., Violences politiques en France de 1986 à nos jours, Paris, Presses de Sciences Po, 2021, s’achevait par un glossaire, utile afin de cerner quelques-uns des concepts en circulation :
Dans le discours des djihadistes, ce terme renvoie plus précisément au « petit djihad » qui est un effort guerrier prescrit par le Coran et la Sounna dans le cadre d’une guerre contre les non-musulmans et les « apostats ».
Régime politique instauré par les successeurs du prophète après sa mort, et ce, conformément aux normes édictées par la charia. À sa tête est installé un Calife Khalifa musulman chargé de commander la « oumma musulmane » et appliquer la charia en terre d’islam.
Normes et règles dictées par la loi islamique dont les deux principales sources sont les textes du Coran et de la sounna.
Le terme désigne pour l’islam une personne « mécréante », « incroyante », de par les actes et /ou les paroles qui lui sont attribuées. Selon certaines tendances au sein du salafisme radical, le simple fait de ne pas accomplir la prière fait d’une personne - même si elle se considère comme musulmane - une incroyante. Un grand nombre de groupes djihadistes armés contemporains se sont imprégnés de cette interprétation.
Le « Takfir » est un acte qui consiste à considérer un individu, un groupe ou un gouvernant comme mécréants. Cela consiste, le plus souvent, à élargir le cercle des profils concernés par l’excommunication afin de jeter le discrédit sur un rival. Pour cela, il suffit par exemple qu’un individu délaisse l’une des cinq grandes obligations de l’Islam pour qu’il soit considéré comme non musulman.
Le chercheur souligne aussi les variations de l’islamisme dans cet article :
Masculinisme
Pour les services de sécurité, le masculinisme est une menace émergente en France
Marion Jacquet-Vaillant, politiste, Paris-Panthéon-Assas
Le masculinisme est une réaction aux avancées de l’égalité de genre, qu’il interprète comme une perte de statut et de légitimité des hommes, et s’inscrit plus largement dans une contestation des transformations contemporaines des normes sexuelles et familiales. Il fabrique une vision du monde, avec ses récits (hommes victimes, gynocratie, féminisme totalitaire), ses pseudo-savoirs (biologisation, détournement des statistiques), et ses entrepreneurs de cause.
Ces problématiques ont aussi amené à l’analyse des relations entre sports et radicalisations. L’ Institut des hautes études du ministère de l'Intérieur (IHEMI) y a consacré un rapport de recherche en 2022 :
Ultra droite
C’est un terme d’origine policière.
Nicolas Lebourg, historien
Champ politique dont la désignation remonte en France au début du XIXe siècle. Son cœur idéologique est l’organicisme, c’est-à-dire l’idée que la société fonctionne comme une unité biologique vivante car unitaire, et le rejet du système de relations internationales.
Sous-famille de l’extrême droite, regroupant les extrémistes de droite aspirant à une révolution totale (anthropologique et sociale) mettant à bas l'ensemble des données héritées du libéralisme politique. Parmi ces courants, on peut citer les suivants :
Milieu transcourant des extrêmes droites utilisant les pratiques violentes.
En 2015, est apparu un nouveau courant terroriste de l’ultra droite : l’accélerationnisme. Plusieurs projets terroristes de cette origine ont été empêchées en France grâce aux arrestations de leurs initiateurs. L’attentat le plus célèbre de la mouvance demeure celui commis dans des mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande en 2019, où l’attaquant a tué 51 personnes. Pour Nicolas Lebourg, l’accélerationnisme peut être défini comme « la subculture totalitaire d’une nébuleuse sectaire néonazie au terrorisme millénariste ». Souvent proches des accélerationnistes, se trouvent les « Incels », tendance terroriste du masculinisme.
Ultra gauche
L’ultragauche est faite d’ensembles informels, de groupes affinitaires.
Isabelle Sommier, politiste
Dans le langage courant, les radicalités de gauche sont souvent rabattues sous l’étiquette globale d’ultra gauche. Pour affiner la compréhension de ce champ, on recourra avec profit à : Isabelle Sommier, Xavier Crettiez et François Audigier dir., Violences politiques en France de 1986 à nos jours, Paris, Presses de Sciences Po, 2021. Cet ouvrage concluait le programme de l’Agence nationale de la recherche « Violences et radicalités militantes en France » (Vioramil), entrepris en 2016. Il s’achevait par un glossaire, utile afin de mieux délimiter les phénomènes. Ainsi de l’ultra gauche :
Courant politique qui puise ses racines dans trois temps :
Si ce champ correspond à des répertoires d’action spécifiques, il implique également d’autres notions, ainsi définies par l’ouvrage :
Théorie politique née au début du XXe siècle dans les milieux anarchistes valorisant l'autonomie des luttes et l'action sans passer par des intermédiaires (comme le squattage, la désobéissance civile, les coopératives ouvrières).
Il naît des divergences opposant au sein de la Ière Internationale (1864-1872) Marx à Bakounine jusqu'à la scission des « anti-autoritaires » au congrès de La Haye de 1872.
Apparu dans L’Humanité du 21 novembre 1922 pour désigner les opposants à Mussolini, le terme désigne l'opposition à l'extrême droite.
Mouvance radicale issue d’une relecture de Marx opérée à la fin des années 1960 par des intellectuels italiens comme Toni Negri. Elle insiste en particulier sur la nécessaire articulation entre pratique et théorie politiques, sur l’autonomie des luttes vis-à-vis des organisations traditionnelles du mouvement ouvrier et l’agir « ici et maintenant ».
Néologisme créé en 1857 par l’écrivain anarchiste Joseph Déjacque par opposition à libéral, et pour renforcer le caractère égalitaire du projet anarchiste.
Lancée par les anarchistes au congrès international de Berne en 1876, elle consiste à sortir de la légalité pour associer à la propagande classique celle des faits, de la « révolte permanente », la « seule voie menant à la révolution » pour reprendre les mots d'Errico Malatesta ; d’où le thème de la « reprise individuelle » et la vague d'attentats de la fin du siècle culminant dans les années 1892-1894 jusqu'à l'assassinat du Président Sadi Carnot le 25 juin 1894.
Concept forgé par l’auteur anarchiste américain Hakim Bey dans un livre éponyme à partir de ce qu'il appelle les « utopies pirates », c’est-à-dire la constellation d’enclaves gouvernées par les pirates au XVIIIe siècle, la TAZ est « un soulèvement qui ne se confronte pas directement avec l’État, une opération de guérilla qui libère une aire (de temps, de terre, d’imagination) et ensuite se dissout pour se reformer dans un autre lieu, dans un autre temps, avant que l’État ne puisse l’écraser » (Hakim Bey, Zone autonome temporaire, Paris, L’Éclat, 1997). C’est ce principe qui sous-tend notamment la « libération de territoire » par les Black Blocs en marge des manifestations lorsqu’ils se rendent maîtres d’un espace « soustrait » momentanément à l’emprise étatique.
Venu du néologisme militant ZAD (zone à défendre) détournant l’acronyme des « zones d’aménagement différé », le terme désigne les écologistes radicaux qui luttent contre ces projets, notamment par l’occupation de l’espace, par exemple de Notre-Dame-des-Landes.
Dans une conférence pour le Centre de Ressources pour la Prévention des Radicalités Sociales (CRPRS), Isabelle Sommier (politiste, Paris 1) précise quels enjeux gouvernent cette problématique :