Les répertoires d’action sont l’ensemble des formes concrètes par lesquelles des acteurs individuels ou collectifs traduisent une radicalité idéologique en pratiques observables. Ils regroupent aussi bien des stratégies violentes que des techniques discursives, symboliques ou organisationnelles, allant de la propagande à l’action clandestine, du terrorisme à la mise en scène judiciaire. Ces répertoires ne sont ni figés ni universels : ils évoluent historiquement, circulent entre mouvements, et se recomposent selon les contextes politiques, juridiques et médiatiques. Ils peuvent avoir en commun certains ressorts, tel que l’appel à la vengeance.
L’accélérationnisme, le black bloc, l’agit-prop ou le djihad armé ne sont pas seulement des choix tactiques, mais des manières spécifiques d’entrer en conflit violent avec l’ordre social, de produire du sens, de susciter de la peur, de la mobilisation ou de la polarisation. Étudier les répertoires d’action permet ainsi de dépasser les catégories morales ou pénales pour analyser comment la violence politique est pensée, justifiée, routinisée et mise en œuvre, en lien étroit avec les opportunités politiques, les cadres idéologiques et les dispositifs de réponse institutionnelle.
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Propagande
Il y a une invasion de la pop culture dans le réel
Samuel Tanner, politiste
On trouve très souvent le discours de vengeance comme légitimation
Marie Robin, politiste

Cette logique vengeresse se retrouve dans les réactions de l’ultra droite aux attentats de 2015. Durant les années 1950, face aux actions violentes des partisans de l’indépendance de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie, des groupuscules opposés apparaissent qui, usant de la violence terroriste en réponse, se prétendent « contre-terroristes ».
Ce type de logique est réactivé en 2015, avec un usage polémique de la guerre d’Algérie, où le FLN est assimilé au djihadisme. Une augmentation nette des violences d’ultra droite est enregistrée, et une série d’attentats terroristes déjouée. Dix ans après, durant l’année 2025, 3 attentats sont effectués, deux djihadistes et un d’ultra droite, et 8 projets déjoués, cinq djihadistes et trois ultra droite. C’est aussi le temps de certains procès pour association de malfaiteurs terroristes de certains de ces groupes, dont, pourtant, quelques membres continuent à se percevoir comme des « contre-terroristes » entre vengeance et attaque préventive :
Terrorisme
On est dans une logique de globalisation de la sécurité.
Oliver Cahn, juriste
Par ailleurs, si les terroristes s’empruntent volontiers des méthodes, ils conservent des spécificités selon leurs courants. Pour la direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI), le djihadisme constitue la première menace, et l’ultra droite la deuxième.
Le terme « djihadisme » désigne les pratiques terroristes de l’islamisme. Si leur sociologie a été l’objet d’un travail approfondi, elle n’épuise pas la question de l’engagement militant. Le djihadisme a frappé en France en diverses phases. On peut consulter ce podcast avec Hugo Micheron pour la période allant des crimes de Mohamed Merah en 2012 à ceux de 2015 :
Dix ans après les attentats du 13 novembre, la situation a profondément changé, comme l’explique le politiste :
Les recherche sur le terrorisme ne se limitent pas aux acteurs violents, mais sont aussi relatives aux victimes. Les attentats de 2015 ont ouvert une nouvelle ère du terrorisme en France avec un nombre de tués inédit. Ils sont les plus meurtriers depuis un attentat de l’Organisation de l’armée secrète en 1961.

Les parties civiles ont transformé l’équilibre des procès.
Antoine Megie, politiste
En 2024, la Cour de cassation a procédé à une analyse de la jurisprudence et des conséquences procédurales de 2019 afin d’évaluer leur adéquation aux attentats de masse.
L’Institut Robert Badinter a confié aux chercheurs en sciences sociales Sylvain Antichan, Sarah Gensburger et Pauline Jarroux une analyse de ce que « ce que le procès 'fait' aux victimes » et de ce que « ce que les victimes 'font' au procès et à la justice ». La version intégrale en est disponible sur son site, et on peut également en lire cette synthèse :